Malmerspach : le sanctuaire le plus récent de la vallée de Saint-Amarin

 

Jusqu’en 1969, Malmerspach était la seule commune de la vallée de Saint-Amarin à ne pas disposer d’une église. Un édifice religieux, dessiné par Charles Gustave Stosskopf (le premier titulaire du Prix de Rome d’architecture), accueille depuis les fidèles.

Le bâtiment forme un dodécagone, un polygone à douze côtés de 30 m de diamètre. Photos E.J.

 

 

Emmanuel Job (Avec l’aimable autorisation du journal L’Alsace)

Jusqu’en 1969, Malmerspach était la seule commune de la vallée de Saint-Amarin à ne pas disposer d’une église. Un édifice religieux, dessiné par Charles Gustave Stosskopf (le premier titulaire du Prix de Rome d’architecture), accueille depuis les fidèles.

Depuis toujours, Malmerspach fait partie de la paroisse de Saint-Amarin. À partir de la Révolution française, Moosch, Mitzach, Ranspach et Geishouse s’en sont détachées pour créer leur propre paroisse, avec leur propre église. C’est au début du XX e siècle, en 1908, qu’un premier projet de construction d’église à Malmerspach apparaît. On projette d’élever un bâtiment de 38 mètres sur 18. La Première Guerre Mondiale fait avorter ce projet. En 1921, un second projet voit le jour, mais la construction d’une église en pleine crise du logement n’est pas jugée opportune et le projet est abandonné.

Le 25 juin 1931, un référendum révèle que 171 familles seraient pour la construction d’une église à Malmerspach (71 sont contre et 25 ne se prononcent pas). En 1937, la commune engage des démarches auprès de la Filature de laine peignée pour acquérir un terrain. Malheureusement, les coûts pour la pose de la canalisation d’eau dans la commune sont si élevés que la construction est une nouvelle fois repoussée.

Il faudra attendre 1963 et la nomination de l’abbé Paul Schmitt, comme curé doyen de Saint-Amarin, pour relancer l’affaire.

En effet, l’évêché lui confie comme mission de doter Malmerspach d’une église. Dès 1964, un comité de construction, l’« Association Saint-Joseph » se constitue. Sont but principal : réunir l’argent nécessaire au projet. Des quêtes sont organisées dans tout le canton, des manifestations sont organisées. Communes et conseil général apportent leur aide, l’évêché lui-même garantira les emprunts. En octobre 1964, le choix du terrain est fait : une parcelle appartenant aux Ets Schaeffer.

Un bâtiment résolument moderne

 

 

L’architecte sera Charles Gustave Stosskopf et ses collaborateurs, MM. Hoog et Porte, deux Colmariens. Gustave Stosskopf (né à Brumath, le 2 septembre 1907 et mort à Paris le 22 janvier 2004) a reçu le premier Prix de Rome en 1932, sorte de bourse d’études récompensant les meilleurs étudiants en architecture. Il a travaillé à de nombreux projets d’urbanisme en Alsace comme en région parisienne. Dans le domaine de l’architecture religieuse, il réalise, entre autres, la restauration de l’église de Jebsheim (1954-1957), le temple protestant et la chapelle Sainte-Brigitte de Mittelwihr (1959-1960), l’église de Bobigny (1967) ou encore la cathédrale Notre-Dame de Créteil.

Le 24 septembre 1966, le permis de construire est accordé, en août 1967, on débute le gros œuvre, le 15 octobre 1967 c’est la pose de la première pierre, début 1968 la charpente est mise en place. Le 16 mars 1969, Mgr Maurer, vicaire général honoraire, dirige la bénédiction et l’inauguration du bâtiment.

Le bâtiment à l’architecture moderne et aux lignes sobres forme un dodécagone, un polygone à douze côtés, de 30 m de diamètre. Il peut contenir 250 à 300 personnes. Autour de la nef centrale (large de 20 mètres) s’articulent, entre autres, une petite et une grande sacristie, une salle de réunion, une chapelle ouverte avec le petit orgue Gaston Kern (1977), et, lui faisant face, magnifiquement éclairée par le soleil, la chapelle du baptistère.

Tous les aménagements sont modernes, comme dans la sacristie où d’un mur peuvent se déployer deux panneaux formant paravent pour servir de confessionnal. Le chauffage est à air pulsé et à rayonnement pour une meilleure répartition. On trouve même des toilettes dans le bâtiment.

Derrière le chœur, légèrement surélevé et ouvert des deux côtés, se situe la « chapelle de la semaine » dont le mur, en morceaux de verre de différentes couleurs, distille une lumière douce. Les douze parties de la charpente (comme les 12 Apôtres) convergent vers un point central culminant à 9 m de hauteur, formé par la section d’un tronc d’arbre. Le tout est revêtu de bois donnant à l’ensemble un aspect chaleureux. Deux belles statues de bois restaurées datant du XVIII e siècle, la Vierge et saint Joseph, seuls éléments figurés de l’édifice, se dressent au fond de l’église. L’auvent plat qui recouvrait jadis le parvis devant l’entrée a été enlevé. Le clocher et le presbytère prévus sur le projet initial n’ont jamais été réalisés.

L’édifice est dédié à saint Joseph, artisan, dont la fête a été fixée le 1 er mai par le Pape Pie XII. Ce vocable correspondait bien, en 1968, à la population essentiellement ouvrière du village.

Malmerspach se distingue des autres villages de la vallée par l’originalité de son église. Il ne manque à cet ensemble moderne, attachant et chaleureux, que le tintement de vraies cloches…

 

 

BIBLIOGRAPHIE « La Vallée de Saint-Amarin », Gilles Sifferlen (1909). Bulletin municipal de Malmerspach, « Église Saint-Joseph à Malmerspach », René Della-Valle. Journal « L’Alsace » (1969).

Emmanuel Job (Avec l’aimable autorisation du journal L’Alsace)

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